Riche de ses palais, ses musées, ses églises, ses dorures, Saint-Petersbourg ne reste pas enfermée dans son glorieux passé. Dans plusieurs quartiers poussent des « cluster », lofts squattés par des artisans et designers et dans lesquels on trouve galeries, ateliers, boutiques de mode, cafés branchés, barbiers… Car faute de promoteurs, beaucoup de bâtiments tombent à l’abandon.
Il suffit parfois de pousser une porte d’accès en façade donnant sur la rue ou longeant un canal. Difficile à trouver sans aide, aussi mieux vaut avoir la bonne adresse avant de se lancer à la découverte d’un de ces lieux en marge de la ville, aux promesses de découvertes extra-ordinaires. Ce que j’ai tenté de faire, assistée de manière spontanée par une charmante jeune Russe à tresse blonde et de de son téléphone portable bienvenu pour consulter le plan du quartier…
Golitsyn Loft, carrefour d’inspiration
Passée la lourde porte brune sans attraits, une vaste cour carrée entourée de hauts bâtiments… L’un d’eux s’avère être un ancien manoir du 18ème siècle qui appartenait autrefois aux frères Turgenev, amis du poète russe Alexander Pushkin.
Les nombreuses entrées et les longs escaliers de pierre de Golitsyn Loft, ouvert en 2016, mènent vers une centaine de magasins, des salles d’exposition, des cafés, des salons de beauté et des coiffeurs, des salons de tatouages, des galeries, des restaurants et des cafés, un théâtre et même un atelier de poésie. Les murs épais sont recouverts de couleur – à chaque étage sa teinte – et de dessins, de poèmes en écriture cyrillique.
Les boutiques de vêtements et d’accessoires présentent des créations de designers russes et étrangers. Les nombreux cafés, restaurants et bars au décor hétéroclite, pratiquent des prix très abordables. Tel le bar Popravka fier de ses 8 bières au robinet et de ses 35 sortes de gins.
Le restaurant géorgien Kazbegi propose les fameux khinkali, raviolis géorgiens fourrés de viande épicée, ainsi que plusieurs variantes de khatchapouri, sorte de pain au fromage. Le tout dans une ambiance décontractée.
Une pépinière d’artistes
La porte ouverte de la petite chambre-boutique Kafi Home incite à entrer et à découvrir ses créations d’une artisane très accueillante : tapis, couvertures et coussins, poufs, ravissants petits paniers en laine aux motifs plus séduisants les uns que les autres, plats à découper en bois précieux… Julia m’emmène dans l’atelier de ses voisines, Anna et Natalia, lesquelles fabriquent des céramiques magnifiques et originales.
Toutes trois expédient leurs créations en Europe, voire dans le monde entier, précise Julia. J’apprécie le sourire de ces trois jeunes femmes étonnées de voir une journaliste venue de loin s’intéresser au loft, à leurs oeuvres et essayer de converser avec elles en anglais…
Depuis la fenêtre de leur atelier inondé par le grand soleil de mai, on aperçoit les toits aux multiples cheminées et, au loin, la pointe dorée du clocher d’une des multiples églises de la ville.
Boutique de Julia : http://kafihome.com/#1
Céramiques de Anna & Natalia : https://vk.com/lumacaceramica
L’insolite mis en scène
Il suffit de redescendre pour remonter dans un autre bâtiment. Une vaste salle où l’œil s’arrête sur les murs ornés de grands dessins noir et blanc, reproductions d’oeuvres universellement connues. Poésie des motifs, esprit créatif d’artistes heureux…
Tsiferburg est un “anti-café” avec rosaces au plafond, moulures et reliefs ornementaux au-dessus des portes et des belles cheminées anciennes, vestiges du temps d’avant… Coussins éparpillés un peu partout, chaises et fauteuils dépareillés, et même un lit en fer, invitent au repos.
Autour d’une longue table, des gens travaillent sur leur ordinateur, côtoyant d’autres personnes venues boire un café ou lire, dans une ambiance plutôt calme. Car ici, chacun peut utiliser l’espace comme il le souhaite, pour travailler, ou simplement côtoyer du monde au coeur d’un endroit empreint de sérénité, en tous cas dans la journée…
Dans une autre salle trône un piano noir. Un paravent, des objets d’hier et d’aujourd’hui… Pièces intimes où on s’isole ou se retrouve selon les heures. J’imagine des concerts intimes, le soir, à la lueur tamisée des lampes posées sur les petites tables rondes entourées de fauteuils occupées par des jeunes gens discutant à voix basse. A peine jette-t-on un regard sur la passante que je suis…
Une autre entrée. Un autre petit café, un autre escalier aux vastes marches de pierre grise.
Une sculpture dégringolante faite de triangles dorés et d’ampoules distrait et éclaire le visiteur
le long de la rampe d’escalier.
De jeunes mariés sortent d’un bâtiment. Derniers sourires, dernières photos. Je m’en vais à contre coeur car il reste beaucoup de choses à découvrir dans ce sympathique labyrinthe d’idées et de créations. Une demi-journée n’est pas suffisante pour parcourir les méandres de ce loft. Entre ces murs, où règne une atmosphère bohème, on se trouve propulsé dans un autre monde où l’on a envie d’arrêter le temps, de profiter de l’ambiance si agréable, confortablement installé dans un espace d’exception. Un “cluster” que je ne suis pas prête d’oublier…
Fontanka river embankment, 20, Sankt-Peterburg, Russia, 191028 https://vk.com/golicynloft
https://www.afar.com/places/golitsyn-loft
D’autres “art-cluster” ont vu le jour à Saint-Petersboug :
L’Espace Taïga : aux 8 Store, avec papeterie locale et sélection de livres pour graphistes, photographes et stylistes, des tables de ping-pong…
Dvorchovaya nab. 20. space-taiga.org
Etagi, avec ses 3’000 m2, est l’un des plus grands lieux d’exposition de Saint-Petersbourg, très prisé des Petersbourgeois, entre autres pour sa grande terrasse donnant sur les toits. Cette ancienne boulangerie industrielle est truffée d’adresses éphémères, de galeries d’art moderne, d’un cinéma (films parfois en français), d’un coffee shop et de boutiques. www.loftprojectetagi.ru
Texte et photos : Françoyse Krier