
A Brignais, non loin de Lyon, l’est un atelier pas comme les autres, d’où sortent des créations sur mesure en bambou – à la croisée du land art, de la scénographie et de l’eco-design –, et aux possibilités infinies : dômes, murs, structures ornementales, pergolas, pavillons, serres… A l’origine de ce périple hors des sentiers battus, Jean-Baptiste Dubois, artisan bamboutier et fondateur du label “Déambulons”.
Ce n’est pas un parcours banal qu’a emprunté ce jeune artisan-voyageur passionné par le bambou et ses applications : école de commerce, programme Erasmus orienté vers l’Asie, stage au Vietnam, master culture et management en Asie du sud-est. Diplôme en poche, stage de deux ans dans une ONG au nord de la Thaïlande. Montage d’un centre de formation agricole dans un endroit où tout une ethnie rurale et traditionnelle vit en en autarcie complète – ni électricité, ni eau courante, ni internet… – , construction d’écoles, recrutement des professeurs, etc. (Visuel ci-dessus : arbre design en lamelles de bambou – Francfort)

Dans les bureaux de l’atelier, Jean-Baptiste Dubois, Anne-Sophie Gouyen

Exemple d’écran de protection anti-Covid
Un chemin qui mènera forcément le jeune Jean-Baptiste vers cet élément de construction de base qu’est le bambou, utilisé en Asie au quotidien comme dans toutes cérémonies. De tout temps passionné par l’architecture et le design, motivé et curieux d’entreprendre quelque chose d’innovant mêlant métier manuel et créativité, le futur entrepreneur se lance. « J’ai inauguré un métier qui n’existe pas, partant de zéro et bénéficiant de deux ans de chômage, le temps de monter mon entreprise. Soit un an pour rencontrer architectes, menuisiers, ainsi que tous artisans aux métiers un peu connexes à me conforter dans mon choix », mentionne Jean-Baptiste.



Jean-Baptiste Dubois et un oiseau-luminaire, l’une de ses dernières créations. A gauche, finition de ce qui sera un espace de toilette.
Il existe une histoire du bambou en Europe jusqu’à l’entre-deux-guerres. Paris possédait alors des quartiers d’ateliers de bamboutiers. Ils y fabriquaient des cannes à pêche, du mobilier colonial, en lien avec les colonies. Si ces ateliers ont entièrement disparu après guerre, aujourd’hui, une dizaine d’entre eux subsistent en France, dont 2 ou 3 embauchent du personnel et deux seulement en vivent…
Si en Asie des structures en bambou s’avèrent modernes et architecturales, en Europe, mis à part quelques projets réalisés durant les 40-50 dernières années, des micro-ateliers ou des gens spécialisés dans le montage de chapiteaux ou de petites structures, il n’existe aucun atelier spécialisé dans le bambou. Ce fut donc le déclic. Les débuts du jeune fondateur ont été consacrés à des séries de tests, de maquettes, de prototypes, tel ce premier cocon visible encore à Lyon. « A l’époque, je n’avais pas encore d’atelier. Le travail – nettoyage, équarrissage des bambous – , s’est effectué en plein centre de Lyon, en bas de l’immeuble ».
Un big bang artisanal
Pour se faire la main, Jean-Baptiste étudie plusieurs possibilités comme la pré-réalisation en plein champ, de grandes armatures… Quelques mois après, ouverture d’un atelier à Villeurbanne, aux portes de Lyon et début de la réalisation de grandes structures. La commande de cocons permet à Jean-Baptiste Dubois de travailler tout seul et de s’essayer à la réalisation de grands projets complexes, de décors en bambou, comme ce grand Eléphant commandé par le Parc de Wesserling, en Alsace, résultat d’un concours artistique sur le thème du Tour du monde en 80 jours. « Nous avons été retenus, mais il a fallu réfléchir sérieusement quant à la réalisation ! ».

Autres réalisations de taille : une canopée en l’honneur des dix ans du centre agroécologique Les Amanins de Pierre Rabhi (Drôme); la canopée du Parc Terra Botanica, à Angers, un projet unique de 600 m2, 20 km de lamelles, 8 mètres de haut. « Il nous a fallu 3’500 heures pour la réalisation totale. Toute notre équipe travaillait sur ce projet qui a demandé un tournus d’en moyenne 9 personnes en continu ».


« D’un certain côté, on a quelque peu inventé notre propre métier : plan de fabrication très précis, travail de fixation, finitions cousues main ou métalliques, une certaine façon de travailler les lamelles de bambous de manière moderne, au moyen de gabarits qui nous permettent de maîtriser la forme, création de nos propres outils, de notre univers graphique. Le savoir-faire de Déambulons s’avère désormais reconnaissable ».



Spécialistes du bambou ? « Par rapport au travail du bois, les menuisiers comptent 5-10’000 ans d’histoire du bois, machines, outillage, formation, etc. Le bambou en est à l’âge de pierre. On embauche principalement des vanniers même si la vannerie n’est pas le même métier, il comporte des similitudes. Entre vannerie et bambou, différence. Le brin d’osier est rond, on peut le tourner dans tous les sens, le bambou ne se tourne que dans un sens. Nous sommes plus proches de la vannerie que de la menuiserie ».
« Nos bambous proviennent de pépinières situées à côté de la bambouseraie d’Anduze, le plus gros fournisseur en Europe. Et d’autres petits détaillants chez qui on peut se fournir en cannes, dans le sud-ouest, la Drôme… Il existe plusieurs spécificités de bambous, en Italie, en Géorgie, en Chine, mais nous utilisons du bambou français à 90 % ». (Photos Françoyse Krier)

Touche d’originalité et de naturel
La souplesse et la résistance du bambou permet une liberté de création totale. « Aujourd’hui, certains clients ont une idée précise de ce qu’ils aimeraient. A nous d’adapter souhaits et réalisations avec une belle touche d’originalité et de naturel. Aménagement d’espaces avec des solutions d’aménagement innovantes et esthétiques: mobilier, parements de murs et de plafonds, cloisons, stands événementiels au coeur d’entreprises, d’hôtels, de restaurants, bibliothèques, écoles, terrasses, d’espaces co-working… D’autres nous présentent leur espace et à nous de leur faire des propositions et de les affiner. Dans notre équipe, côté numérique, Anne-Sophie Gouyen, architecte, est aux commandes. Jonathan Bajard, Hadrien Gaggioli, Guilhem Herinx sont chargés de réalisation/ achats/communication ».

Quelle chance grâce aux logiciels, aux modélisations 2 D de pouvoir édifier des choses incroyables : cocons de toutes tailles (pour Toulouse, Hong-Kong, et ailleurs), cannes de bambou éclatées pour la canopée du Jardin des Tuileries, un nid démontable (3 x 7 m) pour une pièce de théâtre dans laquelle les acteurs se mouvaient, une verrière de couleur à Paris, une gloriette pour la gare de Passy-La Muette liftée par Laura Gonzales, designer 2019 (Maison & Objet), un arbre à Francfort, un luminaire monumental pour le Novotel de Monte-Carlo composé de petites barres de bambou aux motifs qui se créent à l’intérieur, un paravent commandé par un hall d’accueil d’hôtel à New York, maillage de bambou qui vient s’accrocher sur un tube métallique. Sans oublier les écrans de protection pour les bureaux, desks d’accueils…
Pourquoi ce nom ? « Déambulons, un joli nom, sympa, à la phonétique intéressante, qui crée des espaces de déambulation. Nous déambulons, ce sont des projets collectifs avec des fournisseurs, des clients… Un côté “bulle”, aussi, bulle de poésie pour se reposer, vagabonder… » (Photos Déambulons)

Déambulons
15, Chemin de Chiradie // 69530 Brignais, Rhône-Alpes, France
+33 (0) 6 99 53 75 23